L’humusation: recycler son corps après sa mort

(article publié dans le Metro du 4 novembre 2017).

Un collectif d’experts en écologie œuvre pour légaliser le principe « d’humusation » des dépouilles en Belgique. Le corps serait placé dans une sorte de super compost, histoire de nourrir la Terre comme elle nous a nourri pendant toute notre vie. Un concept très écologique… et économique !

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Le but de la Fondation Métamorphose est d’aider à une future légalisation du procédé. La Région wallonne n’est pas contraire par exemple, mais demande des garanties que cela se fasse dans de bonnes conditions. Ce qui, si tout va bien, se fera grâce aux équipes universitaires de l’UCL, comme l’explique Guy Bazin, le Président de la Fondation: « Nous avons réussi à convaincre l’UCL de nous aider à expérimenter la technique. Si le comité d’éthique accepte, alors quelques-uns des corps donnés à la science pourront servir à tester notre procédé. »

Incinération = pollution !

Il y a plus de 60.000 incinérations par an en Belgique. « Et pour chacune, 50 mètres cubes de gaz, donc une quantité astronomique d’énergie gaspillée pour consumer entièrement et rapidement le corps. Et on obtient des cendres bourrées de dioxines nées de cette combustion qui se retrouvent la plupart du temps dans les nappes phréatiques. C’est absurde, non ? », développe Guy Bazin. En 2015, 56 millions de personnes sont décédées dans le monde. Une bonne partie a été incinérée avec une empreinte écologique immense.

« L’inhumation ? Absurde »

Tout aussi absurde, répond Guy Bazin: « Le corps enterré à plusieurs mètres sous terre ne se décompose pas puisque les micro-organismes se trouvent dans les 30 premiers centimètres sous la surface. Plus profond, il ne fait que se putréfier. De nouveau, ce n’est pas écologique puisque nos corps sont aujourd’hui bourrés de produits chimiques. Et cela coûte à la société puisqu’il faut régulièrement sortir des corps pour faire de la place dans les cimetières. Et ce boulot de sortir ces corps, littéralement pourris, est tellement horrible que les fossoyeurs ont droit à quatre jours de congé pour un jour de travail. Tout cela n’est pas digne de l’être humain », affirme ce spécialiste en permaculture (en très résumé, le fait de cultiver sans intrants chimiques et en s’appuyant sur la biodynamie).

Une première mondiale

Si le procédé est légalisé en Belgique, ce serait une première mondiale. Si nulle part cela n’est encore possible, officiellement en tout cas, c’est d’après Guy Bazin une histoire de frein psychologique. « Les gens préfèrent la violence d’une incinération ou croupir dans le caveau familial ou dans un cercueil, je peux le comprendre car c’est culturel, mais moi je veux que ma dépouille disparaisse de manière douce et surtout constructive. Donner la vie après la mort, en nourrissant la Terre, c’est ce qu’il y a de plus logique ». Ce qui est certain, c’est que cela éviterait à bien de familles de s’endetter pour payer un beau cercueil ou une crémation.

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En pratique 

Dans un « jardin-forêt de la métamorphose », se trouveraient d’immenses tas de matière organique (composée de bois d’élagage entre autre…). Dans le cadre d’une cérémonie, on viendrait y déposer le corps, qu’on recouvrirait de 20 cm de ce mélange et de paille pour garder le corps au chaud. En probablement trois mois (des tests ont été fait sur de gros animaux), il ne resterait que de jolis os bien nettoyés… et éventuellement un « pacemaker » ! La famille récupèrerait une quantité de ce « humus » qui ressemble à ce que l’on peut trouver au sol dans les sous-bois, avec une graine d’arbre plantée dedans. Un arbre  qui constituerait un un joli monument naturel pour s’y recueillir ensuite.

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Des membres engagés

Ezio Gandin, spécialiste de la transition énergétique. Marc Luyckx, « penseur » à la cellule de prospective de la Commission européenne. Anne Gillet, rédactrice en chef du magazine BIOTEMPO. Et bien d’autres philosophes, scientifiques ou acteurs de la transition, sont engagés dans la Fondation Métamorphose. Si vous voulez en savoir d’avantage sur l’humusation ou soutenir la légalisation du procédé, il y a une pétition en ligne sur www.humusation.org