Du poisson bruxellois dans mon waterzooï

Le bar rayé pour être plus précis: une espèce haut de gamme, choisie pour sa chair raffinée, mais aussi parce que l’on n’en trouve pas en Belgique (un bon vieux cabillaud ç’aurait été moins fun). C’est ce que m’a expliqué Steven Beckers, le créateur de la ferme urbaine « BIGH », située sur les toits du FOODMET, à Anderlecht (sur le site Abattoirs). En plus du potager et des serres, ils ont entrepris un projet original : faire de l’aquaponie afin de produire plusieurs tonnes de poissons par an. BIGH, c’est actuellement la plus grande ferme urbaine d’Europe ! Oui ma petite dame ! A l’étranger, beaucoup savent que la Belgique se hisse tout doucement à la pointe de l’agriculture urbaine…  Mais le Bruxellois n’en a probablement pas encore conscience. Et pourtant, l’agriculture urbaine, quel sujet passionnant ! Pas juste pour les millenials en manque de sens et de green touch, non, non, ça peut vraiment servir ! Et pourquoi pas, dans un futur pas trop lointain, nourrir une bonne partie de la population bruxelloise.

Mais l’argument le plus convainquant, c’est celui de la qualité de ce qui est produit dans ce type de fermes urbaines. Par exemple, aujourd’hui, les trois quarts des poissons que vous achetez en supermarchés sont issus de pêche non durable qui épuise les stocks naturels. Mais surtout ! Maurice a maintenant un taux de pollution digne d’un toxicomane de la toundra soviétique, et ce, peu importe son origine maritime.

Des poissons propres comme nulle part ailleurs…

Ces poissons sont donc élevés loooooin de la mer et loooooin de la pollution. Car oui, la mer est devenue une poubelle, même dans les coins les plus reculés et ce n’est pas prêt de s’arrêter. « L’appellation poisson sauvage brouille le consommateur car cela ne veut absolument pas dire que la bête n’est pas polluée », nous explique Olivier, le chef des structures de pisciculture de BIGH.

« Ici, les alevins, choisis avec le plus grand soin, proviennent d’un élevage israélien. Ils grandissent dans des bassins remplis d’eau pure, contrôlée de près, et sont nourris avec les meilleurs aliments », précise-t-il. Pas une once donc de métaux lourds, de dioxine, d’antibiotiques… de plastiques.

Mais ne sont-elles pas toutes les unes sur les autres ces petites bêtes dans ces bassins circulaires ? Olivier nous confirme que non car ce sont des poissons qui vivent naturellement en bancs. D’ailleurs, en dessous d’une certaine concentration, ils sont malheureux et ils se laissent mourir nous précise-t-il. Me voilà rassurée. Enfin, pour les bars rayés. Mais pas pour Olivier ! Qui me dit habiter avec son collègue, dans un container préfabriqué posé là, sur le toit, à côté des serres, et veillant jour et NUIT sur ces fragiles petits chéris. 

Du circulaire bien ficelé

L’eau des bassins est recyclée et même valorisée car elle sert à arroser les tomates et plantes aromatiques qui poussent dans la serre juste à côté, nourrissant grassement tout ce beau monde grâce aux engrais organiques résultant des bars. Une agriculture urbaine, ‘hors sols’, ‘verticale’, qui fait pousser les végétaux à grande vitesse grâce à la chaleur partagée, sur des sacs de terreau de compet’ avec une petite dose de nutriments bien choisis. Seul bémol, il faut l’avouer, c’est que toutes ces petites plantes sous perfusion, dans cet environnement clinique, ça fait un peu Matrix et ça n’attise pas forcément ma gourmandise. Mais bon, si nous devions voir d’où proviennent exactement tous les aliments que nous mangeons, végétaux ou animaux, ce serait bien pire !

Tout bio ?

Le bar de Bruxelles n’a pas obtenu de label bio car il est tout simplement inexistant pour ce genre de concept. La certification doit encore évoluer pour s’adapter à ce nouveau mode d’élevage. On va suivre cela de près 🙂

Mais il est bon ce poisson ?

Délicieux même ! J’ai pu le déguster sous plusieurs formes, cuisiné par le traiteur bruxellois « Choux de Bruxelles », version cru en ceviche et version cuit. Accompagné des micro-pousses de l’agriculture urbaine « Eclo » et des Champignons de Bruxelles, tout ce beau petit monde poussant sur le même site. Si vous voulez vous en procurer, il est disponible dans le rayon « local » de certains Carrefour et puis dans plusieurs restaurants de la capitale.

Quelques chiffres

BIGH a levé 4,3 millions d’euros d’investissements pour développer son projet de ferme urbaine.

Chaque année, BIGH produira 35 tonnes de bars rayés.

Au BIGH, se trouvent 2000 m2 de serres et pisciculture et 2000 m2 de potagers. C’est la plus grande ferme urbaine d’Europe.